La politique monétaire: l’outil le plus efficace pour faire face à la crise pandémique et relancer l’économie Tunisienne

Editorial Department3 يوليو 2020
La politique monétaire: l’outil le plus efficace pour faire face à la crise pandémique et relancer l’économie Tunisienne


Par Habiba Nasraoui Ben Mrad.. Enseignante Universitaire Ecole Supérieure de Commerce

La BCT décide le 17 mars 2020, d’abaisser de 100 points de base le taux d’intérêt directeur.

Une baisse de 100 points de TMM (Taux moyen du marché monétaire) permettra-t-elle de limiter les préjudices économiques de la pandémie et d’assurer la relance ?

Et pour rappel, et en parlant de relance économique, pendant plus d’une décennie, entre 2005 et 2015, l’Inde un pays associé y a quelques années à la pauvreté, a connu une croissance économique réelle continue de 7%, et ce grâce à des politiques monétaire et budgétaire expansionnistes, par le financement de grands projets d’infrastructures, dans l’éducation, le transport et la protection sociale, dans les secteurs clés, en engageant de grandes dépenses publiques, par l’augmentation des salaires des fonctionnaires , par notamment une baisse des taux d’intérêt directeurs qui, par exemple rien qu’en 2015 ont été baissés à trois reprises.

Voilà justement comment l’Inde a su se hisser au rang de grandes puissances économiques en se classant aujourd’hui parmi les 5 plus grandes économies mondiales (avec un PIB de 2972  mds $ et un taux de croissance économique de +9,4%  au premier trimestre 2020).

Le taux du marché monétaire (TMM) en Tunisie, s’est situé, depuis, le 18 mars 2020, au niveau de 6,80%, (Banque centrale de Tunisie), contre 7,94%, à la même date de l’année écoulée, et 7,76% une semaine auparavant.

Cette baisse est due à la décision de la BCT le 17 mars 2020, d’abaisser de 100 points de base le taux d’intérêt directeur,(taux fixé par la Banque Centrale, taux auquel se refinancent les banques) pour le ramener à 6,75%, et ce dans le cadre de ses efforts pour contenir l’impact de la pandémie COVID-19 sur l’activité économique.

L’évolution du TMM depuis 2018, marque cette volonté des autorités monétaires de contenir l’inflation en augmentant le coût du crédit bancaire. Au mois de mars 2020, le TMM s’élevait à 7,35%, contre 7,84% en février 2020, 7,81% en janvier 2020,  7,90% en mars 2019 et 7,28% au mois de février 2019

C’est depuis 2018, que la Banque Centrale a décidé de mener une politique monétaire restrictive, et de renchérissement du coût du crédit. Le TMM a en effet dépassé la barre des 7% depuis le mois de juillet 2018, alors qu’il se situait aux alentours des 4% et 5% durant la période 2015-2017.

Aujourd’hui le TMM est de 6,80 %, un niveau encore trop élevé au vu des exigences de la période. Peut on parler encore d’austérité, quand, des filières entières, frappées de plein fouet par la crise pansémique sont à l’arrêt et que les risques d’une croissance économique négative de l’ordre de 6,8%, menacent de fragiliser davantage l’économie Tunisienne, et laissent présager une véritable récession économique ?

Les mesures d’austérité s’associent mal aux politiques inflationnistes.  La politique monétaire expansionniste est dite inflationniste, car consiste à financer la croissance économique par la création monétaire, donc par une épargne dite forcée par opposition à l’épargne volontaire, et est donc  génératrice d’inflation.

Ce qui aurait expliqué l’augmentation du TMM depuis 2018, est une inflation d’origine monétaire, or l’inflation a été impliquée essentiellement par le glissement du dinar et la non rationalisation des importations, l’augmentation des coûts à l’importation, et la prédominance d’un secteur parallèle, qui échappe au contrôle de l’Etat, et agit en toute impunité. 

Malgré une baisse trop timide du mois de Mars 2020, le TMM, qui reste trop élevé pour soi-disant limiter la demande de crédit, et par voie de conséquence la création monétaire, n’est toujours pas justifié, étant donnée l’inflation galopante observée depuis quelques années, une inflation incompressible.

L’inflation a donc été plutôt importée, et générée par une décision de dévaluation imposée par les gardiens du temple. Une décision, payée au prix de grands sacrifices. Quoi qu’on puisse avancer une telle décision, fondée sur le principe de la courbe en J, a produit exactement les effets contraires, et ne saurait être justifiée que par une soumission, aux consignes dictées par les organismes ONUSIENS.

L’inflation le fléau le plus dangereux qui puisse sévir, est en fait en hausse continue, et les dernières mesures, monétaires budgétaires ou de change destinées à maîtriser l’inflation, et à améliorer la compétitivité des produits à l’exportation n’auraient servi qu’à appauvrir davantage la classe moyenne, et mis en difficulté les entreprises opérant notamment dans le secteur informel, et n’auraient eu pour conséquence que de brader l’économie Tunisienne.

En choisissant la rigueur, les autorités monétaires  développent les instruments consistant à contrôler strictement la progression de la quantité de monnaie en circulation, or ce contrôle est d’autant plus dangereux que le mode de financement de l’économie Tunisienne est celui d’une économie d’endettement. 

Un mode de financement où le crédit bancaire est primordial, et en dépend la survie de l’entreprise Tunisienne. En fait,dans une économie où le besoin de financement monétaire est croissant, une politique monétaire restrictive est non seulement inflationniste mais également source de déséquilibres pour tout le système économique.

Seule une politique de souplesse monétaire « d’argent bon marché » incitera les entreprises à investir davantage. Si l’incitation n’est pas suffisante, l’Etat doit injecter des liquidités dans l’économie par le canal des dépenses publiques supplémentaires financées au moyen d’épargne oisive, ou de ressources monétaires nouvelles pour réactiver la machine et opérer le décollage.

Reconnaissons, tout de même, que dans une économie d’endettement la mise en œuvre d’une politique monétaire adéquate est une tâche très difficile.

L’un des moyens utilisés par la Banque Centrale pour limiter la demande de refinancement par les banques et de là l’accroissement de la masse monétaire, est une augmentation du taux de refinancement, le taux d’intérêt directeur. Ce dernier constitue un moyen de politique monétaire indirect mais efficace.

Dans une économie d’endettement deux limites vont s’opposer à l’efficacité de la manœuvre du taux d’intérêt directeur. La première consiste en ce que les banques vont répercuter les coûts supplémentaires qu’elles vont supporter sur leurs taux d’intérêt débiteurs, donc sur le coût du crédit. La deuxième tient au fait que dans une économie caractérisée par la prépondérance du crédit bancaire et par l’absence d’autres sources de financement, les entreprises pourront substituer à l’emprunt bancaire, une politique monétaire de taux d’intérêt peut ne pas avoir d’effets sur la demande de crédit.

Vu l’importance de leurs besoins de financement externe, les entreprises sont prêtes à payer n’importe quel prix pour maintenir leur niveau d’activité. Mais, au même temps, elles tiennent à garder leur marge de profit, elles vont donc répercuter l’augmentation de leurs charges financières sur les prix.

Si la Banque Centrale décide de diminuer le montant de ses refinancements, en imposant des quotas à chaque banque ou établissement de crédit, elle risque également de mettre en difficulté les banques qui sont structurellement déficitaires.

Une politique monétaire restrictive implique un déséquilibre au niveau des flux réels et des flux financiers. Un ajustement par les prix va donc s’imposer.

Pour deux raisons essentielles les entreprises vont se trouver dans l’obligation d’augmenter les prix quand il y a déséquilibre des flux financiers : D’abord, parce qu’elles ne peuvent plus financer leurs charges d’intérêt au moyen de l’endettement. Et puis, parce qu’elles ne peuvent plus maintenir leur niveau d’activité qu’en augmentant leur taux d’autofinancement et de là leurs réserves de bénéfices.

Au même temps, le niveau de production va diminuer puisque les entreprises vont avoir tendance à diminuer leur effort d’investissement, des problèmes de chômage peuvent également en découler.

En économie d’endettement, la prédominance du crédit bancaire est essentiellement due à l’écart structurel existant entre épargne et investissement.

En effet le recours aux marchés de capitaux s’il paraît chose évidente pour les grandes entreprises n’est pas possible pour les petites entreprises ou celles présentant des bilans non conformes aux conditions d’accès à ces marchés. Celles-ci n’ont donc pas la possibilité de se procurer des fonds propres ou d’augmenter leurs fonds permanents.     

Une politique restrictive, en économie d’endettement s’avère être difficile et ne peut se faire de manière permanente, car peut freiner l’activité économique, de par la nature même et la structure de l’entreprise tunisienne.

Si, certaines entreprises, notamment les plus grandes font appel à d’autres sources de financement, d’autres entreprises, les moins privilégiées par leur taille ou par la nature de leur activité sont obligées de réduire leur endettement bancaire.

La demande de crédit par l’entreprise dépend non seulement du montant du crédit dont elle a besoin mais également du taux d’intérêt appliqué par la banque. Un comportement rationnel de l’entreprise suppose que celle-ci au-delà d’un taux d’intérêt seuil, va renoncer à sa demande de prêt auprès de cette banque et recourir à d’autres sources de financement. C’est le seuil en-dessus duquel, elle va commencer à subir des pertes.

La difficulté majeure qui se pose dans un tel système est donc la mise en œuvre d’une politique monétaire dont les objectifs intermédiaires ne seraient pas en contradiction avec les objectifs finaux de croissance et de développement, difficultés pour la Banque Centrale dans l’application d’une politique monétaire qui ne serait pas en contradiction avec l’obligation qu’elle a d’assurer le bouclage dans le financement de l’économie.

Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas être envisagées tant que persistent des structures financières fonctionnant selon les règles d’une économie d’endettement.

Pour répondre à notre question du départ, nous dirons que non seulement l’Etat devrait renoncer à toutes les mesures fiscales visant la baisse des revenus des ménages et de la petite entreprise, mais également intervenir par :

  • Ø Une politique monétaire expansionniste, en injectant massivement des liquidités, dans l’économie, ce qui aurait pour conséquence d’activer le levier taux d’intérêt, une réduction de ce dernier, qui agira sur le moteur demande de la croissance économique.
  • Ø Une politique budgétaire expansionniste, ou ce qu’on appelle une politique du déficit budgétaire, et ce par émission de bons du trésor auprès du système bancaire local et de la Banque Centrale en engageant des dépenses dans des projets d’infrastructure, dans les secteurs santé, transport éducation et recherche développement. Cette politique devra permettre non seulement de faire face à la crise, mais également de développer de nouveaux mécanismes de « résilience ». devant renforcer la capacité du pays à faire face aux différents chocs externes sans que cela se traduise par l’apparition de nouveaux types de dysfonctionnements ni de nouvelles formes de désintégrations.

***L’utilisation des bons du Trésor comme moyen de régulation de la liquidité bancaire, permet aux banques déficitaires de céder les bons du trésor dont elles disposent et limiter ainsi leur endettement vis-à-vis de la Banque Centrale.. L’attractivité des bons de trésor pour ces dernières, consiste en ce qu’ils représentent des titres qui bénéficient de la garantie de l’état, et ne contiennent pas de risques de pertes. Ils constituent donc, un support sûr de liquidités

***Le déficit budgétaire constitue non seulement un facteur d’élargissement de la liquidité bancaire, mais aussi un élément primordial pour l’établissement d’un vrai marché de titres à court terme.

  • Ø Développer et financer des programmes de restructuration et de modernisation du tissu industriel Tunisien et de renforcement de la compétitivité des entreprises tunisiennes.
  • Ø L’Etat devrait développer également des plateformes d’échange d’idées : conventions citoyennes, consultations en ligne sur les réformes d’intérêt , fiscales ou autres.
  • Ø L’Etat devrait mobiliser en outre toutes les ressources, financières certes, mais également et surtout, les ressources en expertise de tous bords.

Toute mesure, toute réforme, devra dorénavant s’inscrire dans le cadre d’une approche intégrative.