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L’Institut de Traduction de Tunis doit tirer toutes les conclusions d’une publication qui ne lui fait pas honneur

Un journal électronique a publié, récemment, une évaluation critique très pertinente de la traduction d’un ouvrage, édité, il y a près de deux ans, par l’Institut de Traduction de Tunis (ITRAT). Il s’agit de l’œuvre  du  célèbre philosophe et épistémologue français Georges Gusdorf, intitulée l’homme romantique et éditée en  1984.  La traduction de l’ouvrage du français en arabe et sa révision ont été entreprises par deux universitaires tunisiens.

L’évaluation critique de la publication a révélé, preuves irréfutables à l’appui, les lourdes incohérences au niveau de la méthodologie ainsi que les innombrables fautes graves qui reflètent une méconnaissance totale de concepts, de termes et d’expressions utilisés dans l’édition originale de l’ouvrage. Elle a également fait ressortir des contresens qui mettent en évidence des lacunes considérables en matière de culture générale, à l’origine d’informations complémentaires erronées insérées par l’auteur dans des notes infrapaginales présentant  des philosophes, des écrivains ou des artistes cités par Gusdorf. Au total, l’œuvre initiale s’est trouvée, à travers sa traduction arabe, défigurée et largement incompréhensible. Toutes ces déformations n’ont pas empêché la traduction de remporter, au mois d’avril dernier, un prix prestigieux délivré par un pays arabe du Golfe, ce qui est à la fois sidérant et inquiétant.

Il n’en reste pas moins que les défaillances qui entachent la traduction ne sont pas dignes d’un établissement public du monde académique et qui fait appel, le plus souvent, pour ses projets de traduction, à des universitaires. Elles sont en discordance totale avec la mission et les beaux acquis de l’ITRAT qui s’est distingué, au cours de ces dernières années, par des publications de bonne facture et par des collaborations éditoriales internationales très honorables.

Compte tenu des tares inadmissibles qui discréditent la traduction de l’ouvrage de Georges Gusdorf et du préjudice qu’elles représentent tant pour la réputation de l’ITRAT que pour celle de l’Université tunisienne, l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires appelle l’éditeur  à éclairer l’opinion publique sur cette publication financée par l’argent des contribuables et à assumer sa responsabilité en prenant toutes les mesures nécessaires afin d’arrêter la diffusion de la traduction si tel est l’avis d’une commission indépendante  à créer  de toute urgence pour statuer sur l’affaire.

L’Association appelle l’ITRAT et l’autorité de tutelle à tirer toutes les leçons de cette  triste mésaventure, à revoir les modes de gouvernance, les critères et les modalités du choix des traducteurs et des réviseurs afin de garantir, en tout état de cause, le respect dû aux œuvres et à leurs auteurs ainsi que les droits des lecteurs à des publications de haut niveau régies d’abord par les valeurs universitaires.  

Le président de l’association
Habib Mellakh